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 La folle initiative de la semaine : Entretien avec le Melting Po

Notre belle ville rose a toujours été une ville à l’identité forte issue de nombreuses influences culturelles qui l’ont forgée telle que nous la connaissons. Pendant 100 ans capitale du Royaume Wisigoth, proche de l’Espagne et chef-lieu de l’Occitanie, Toulouse a accueilli de nombreuses cultures en son sein, dont les couleurs chaudes se sont peu à peu agglomérées pour donner tout son éclat à la Violette.

La Folle Histoire a illustré cet aspect de notre ville rose par un entretien exclusif avec un rassemblement citoyen toulousain nouvellement créé et composé d’étudiants : le Melting Po. Groupement multiculturel de citoyens Français, le collectif né il y a quelques semaines compte déjà plusieurs dizaines de membres, qui informent, la violette à la main, contre les injustices ordinaires subies par nos concitoyens. 

Chargés de bonne humeur, érudits de références universitaires et remplis de bienveillance, les trois membres du comité directeur, Gabriel, Youna et Meryem ont accepté de répondre à toutes les questions de la semaine !

 La folle initiative de la semaine : Entretien avec le Melting Po

Pouvez-vous nous décrire votre collectif citoyen en quelques mots ?

Le Melting Po c’est à l’origine la concrétisation des aspirations d’apprendre ensemble des étudiants qui viennent d’horizons divers et qui sont arrivés dans notre école, Sciences Po Toulouse. Les élèves de notre école viennent de toute la France et sont tous arrivés dans le même endroit !                                                                                           

Ça nous a permis d’apprendre et d’échanger ensemble sur nos régions d’origine. Par exemple, on s’est aperçus que beaucoup de territoires sont méconnus de nos condisciples et subissent un oubli des enjeux et des problématiques sur le territoire national, comme les territoires d’outre-mer.                                                                             

Notre initiative est vouée à donner des éléments de compréhension de cette diversité et richesse invisibles qui composent Toulouse, notre point commun à tous d’où qu’on vienne ! L’association est ouverte à tout le monde et c’est sa raison d’être et son mode de fonctionnement : elle se veut horizontale et participative. On voudrait qu’elle se nourrisse autant de ses membres que ses membres se nourrissent d’elle pour que chacun apprenne des autres !

"Il y a de nombreux lieux dans Toulouse qui sont méconnus mais qui illustrent tellement la culture plurielle de la ville !"

 

Quel est le programme que vous souhaiteriez mettre en place pour que cet échange se fasse ?

Notre programme est très large et vise à sensibiliser les étudiants par des activités artistiques, académiques et culturelles. Et pour cela, Toulouse est parfaite ! C’est une ville vivante et cosmopolite !         

Il y a de nombreux lieux dans Toulouse qui sont méconnus mais qui illustrent tellement la culture plurielle de la ville ! Des cinémas, des musées, opéras … ou même des bars et restaurants ! On souhaite aussi mettre en place des cours de cuisine qui illustrent des spécialités consommées par les Français à travers tout le pays, pour que cela mène à des discussions à travers des cafés philosophiques sur notre rapport à l’autre. On peut aussi faire des choses plus informelles comme se balader à travers la ville et faire des pique-niques dans des lieux originaux !

Du point de vue universitaire, on veut mettre en valeur l’interdisciplinarité et la recherche à Toulouse en invitant des anthropologues ou des ethnographes pour aider à enrichir la culture personnelle et méthodologique des étudiants avec des chercheurs issus d’autres domaines de recherche en sciences sociales. Par exemple, nous avons déjà contacté Françoise Vergès, politologue et militante qui traite des questions de la décolonisation et du féminisme, deux domaines qui s’entrecroisent !

Pourquoi avoir l’idée de créer une association ?

Notre but est avant tout de sensibiliser les futures élites à la composition effective de la population française. Les étudiants aujourd’hui sont les décideurs de demain et ils doivent avoir conscience que le monde étudiant est peu représentatif de la population Française dans son ensemble.

On a tous un vécu différent, on vient tous d’horizons différents, on a tous une trajectoire biographique différente, un vécu social différent. Certains membres du collectif sont d’origine est-européenne, sud-américaine, nord-africaine, ou simplement de la France d’outre-mer. Et pourtant, nous avons tous un point commun : nous avons tous subi des discriminations ordinaires.

"Quand on dit qu'on est français, on nous répond souvent "Ah oui,mais de quelle origine ?""

Vous parlez de discriminations ordinaires dans l’enseignement supérieur : de quoi s’agit-il ?

Ce sont des remarques, des regards, des manières que les personnes ont de nous appréhender. Par exemple, la prédominance des stéréotypes existant dans les individualités, même dans l’enseignement supérieur, ce qui nous a surpris.

Le plus souvent, ce sont des remarques anodines, et inconscientes mais qui à répétition sont désagréables. Une chose qui nous est arrivé à tous quand on rencontre une nouvelle personne et qu’on dit qu’on est Français, on nous demande « Ah oui, mais de quelle origine ? ». C’est pour ces petites questions ou remarques qui ne sont pas malveillantes volontairement que l’on souhaite informer et sensibiliser nos concitoyens.

Pour finir, pouvez-vous raconter vos parcours individuels ?

Gabriel, « En entrant à Sciences Po, mon objectif était de prouver que tout le monde pouvait le faire »

Je suis en 2ème Année à Sciences Po et je  suis co-président de l’association. Je suis originaire de l’Île de la Réunion, des Avirons plus précisément, je suis entré à Sciences Po car j’ai eu une mention Très Bien au bac. Cette association me tient à cœur car venant de La Réunion, je n’ai jamais connu les discriminations raciales et le racisme ordinaire qu’on peut connaître en métropole, du moins je n’en ai jamais eu conscience. 

De plus, depuis que je suis entré à Sciences Po, je suis toujours surpris par le manque de connaissances qu’ont beaucoup de nos camarades sur les territoires d’Outremer. J’ai toujours été quelqu’un d’assez distant avec la culture de mon île, ce qui fait qu'aujourd’hui, une fois parti, je tente de renouer les liens avec mon petit bout de terre.                                                        

En entrant à sciences po, mon objectif premier était de prouver que tout le monde pouvait le faire, je voulais donner l’exemple à mes amis Réunionnais que ces études nous sont aussi accessibles. J’ai eu la chance d’avoir fréquenté un lycée privé, ce qui m’a permis premièrement de connaître l’existence de Sciences Po, ce qui n’est pas le cas de tous, et d’y entrer en étant encouragé à avoir d’excellent résultats au bac. J’ai conscience du privilège que j’ai eu et qu’une majorité des élèves des Outremers n’ont pas car ils sont très peu sensibilisés aux grandes écoles. Le Melting Po est ma première expérience associative concrète, j’ai toujours eu peur de m’engager et je n’ai surtout jamais trouvé satisfaction dans ce qui se faisait déjà autour de moi. A la suite de mes études, j’ai à cœur de revenir sur mon île et de participer à son développement tant sur le plan économique que social et politique. 

Youna « Les questions antiracistes et féministes m’intéressent depuis mon plus jeune âge »

 Je suis en deuxième années à l’IEP de Toulouse et co-présidente de l’association. Je suis née à Rennes, et j’ai vécu en Bretagne jusqu’en 2016, puis à Lille et à Toulouse. Ma mère est franco-béninoise, née à Cotonou, et mon père réunionnais. Ce métissage a toujours constitué pour moi une grande richesse.

Les questions antiracistes et féministes m’intéressent depuis mon plus jeune âge. Après le lycée, j’ai été en prépa IEP et L1 de philosophie à Lille où mes amis étaient d’une grande écoute et cela m’a donné la force d’affirmer mes convictions avant des stratégies professionnelles. Je me suis ainsi tournée vers Sciences Po Toulouse dans l’espoir d’y être formée dans le Master Politique, Discrimination et Genre. J’ai aussi intégré l’IEP afin d’avoir à la fois une formation politique, et pour être entourée de personnes également sensibles à ces problématiques d’antiracisme et de féminisme. Meryem et Gabriel ont été des révélations. L’association est née d’une volonté commune de rendre visible la multiplicité des cultures qui se croisent à l’IEP, et d’apporter toute la richesse académique et artistique possibles au sein de notre institut.

Meryem « Mon but est de transmettre une expérience, un espoir »

Je m’appelle Meryem, j’ai pu avoir mon concours d’entrée à Sciences Po après une année d’hypokhâgne au lycée Saint Sernin de Toulouse. Ayant toujours eu comme volonté de faire du militantisme et de la politique, notre école était pour moi un lieu idéal.

J’ai réussi à faire du racisme ordinaire et quotidien que me valaient la visibilité de mes origines nord-africaines, une force afin de me surpasser. Mon but est de transmettre une expérience, un espoir aux personnes dans cette situation, l’unique moyen pour ce faire était de constituer une association afin de promouvoir la visibilité des minorités. Une discussion improvisée en terrasse avec Youna et Gabriel un soir d’octobre tombait comme une révélation pour nous trois : l’association devait se mettre en place, c’était une évidence. Aujourd’hui, nous sommes plus que jamais motivés et heureux de ce que nous mettons en œuvre quotidiennement.

 

 

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